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Halte spirituelle pascale. De David, roi-prophète, au Christ ressuscité

L’Évangile en images ... selon Saint-Maurice

 Pour leur nouvelle cathédrale construite au 12º siècle [1] l’archevêque et les chanoines qui donnèrent au maître d’œuvre le cahier de charges pour l’ornementation sculptée n’oubliaient pas qu’un des titres de leur église, en vigueur au 11º siècle, faisait référence au Sauveur ou à la Résurrection, plus souvent alors qu’à saint Maurice.

 

[1] - La chronologie des cathédrales successives depuis le XIe siècle (nouveau chevet par l’évêque Léger, à la fin du 11e  siècle) est encore mal établie, faute de données et d’études archéologiques. On admet pour l’instant que la cathédrale romane, avec ses 7 travées, est restée inachevée avant le début du 13e  siècle ; sa construction se serait déroulée dans la première moitié du XIIe siècle, donc après l’élection de l’archevêque Guy de Bourgogne comme pape en 1119. 

David, ancêtre du Christ

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La chapelle du Saint-Sépulcre édifiée vers 870 dans la partie occidentale de l’église du Sauveur était le point focal du déroulement de la liturgie pascale, décrite par le rituel viennois. 

Du même côté (nord), les thèmes fixés sur les chapiteaux romans des grandes arcades constituent une séquence continue qui se déroule d’est en ouest. Ici on ne retiendra qu’une portion de ce parcours, éclairé par les écrits évangéliques ou apostoliques. C’est une séquence linéaire, qui n’oblige pas le fidèle à se déplacer pour la lire. Tous les liens sont évidents. C'est une mise en scène de la victoire du Christ sur la mort : la chapelle du Saint-Sépulcre fait écho à son tombeau vide de Jérusalem ; le Ressuscité est maintenant monté aux cieux où il siège, acclamé par les anges. David, le roi-prophète, avait annoncé cette résurrection.

Sur la 7º pile, David, le roi psalmiste, est assis sur son trône, et joue d’un de ses instruments à cordes habituels : une vièle ou rebec. La couronne gemmée rappelle sa fonction royale. Le roi est tourné vers l’ouest. Accompagné par la vibration des cordes, qui élèvent son chant d’allégresse, il porte en effet son regard droit devant lui, là où s’élevait l’édicule du Saint-Sépulcre, simulacre de celui où l’on avait mis le corps du Christ le vendredi Saint, et d’où il ressuscita le jour de Pâques. On entend alors la parole de Pierre, le jour de la Pentecôte (Actes des Apôtres, 2, 14-32 -  lecture proposée dans l’octave de Pâques) :  

« En effet c’est de lui que parle le psaume de David : “Je regardais le Seigneur sans relâche ; s’il est à mon côté, je ne tombe pas. Oui mon cœur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance ; tu ne peux pas m’abandonner à la mort, ni laisser ton fidèle connaître la corruption. Tu m’as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence”. (...David, notre père) était prophète, et il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants. Il a vu d’avance la résurrection du Christ....Ce Jésus Dieu l’a ressuscité ; nous tous nous en sommes témoins ».

Des anges montrent le Christ monté au ciel

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Et le Christ ressuscité, Christ en majesté, est en effet présent tout près de David. Il apparaît en effet au-dessus, à gauche, sur la clé de l’arcade. Il est assis sur un trône, et une croix orne symboliquement le nimbe qui auréolait sa tête disparue. Il tient un phylactère où une inscription latine évoque d’après l’évangile de Marc la pierre du tombeau qui a été déplacée.

Dans les deux travées précédentes, au-dessus du sépulcre et en face (côté sud), cinq anges, accrochés également aux clés des grandes arcades, font procession, regard ou main tendue vers le Christ. Ils tiennent à la main sceptre ou rameaux.

La signification, le symbole est clair. Les figures angéliques nous transportent dans un autre registre : le Christ est dans son Royaume céleste, que symbolise l’arcade romane qui prend appui sur le chapiteau où trône le roi David « qui est mort, qui a été enterré, et dont le tombeau est encore chez nous » [ibid.]. Le Christ trône lui aussi en majesté, mais auprès de Dieu, entouré de la cour angélique. Monde divin du Ressuscité, monde terrestre, monde des hommes ....L'esthétique romane permet le dialogue entre le divin et l'incarnation ; l'artiste anime les volumes de ses figurations de formes universelles et primitives, spirales, courbes, cercles que le visiteur reconnaît ici sur la plupart des sculptures romanes  de la cathédrale.